La carrière politique de Wilfrid Laurier commença silencieusement, en 1866, dans le bureau de rédacteur en chef du journal le Défricheur où déjà il véhiculait des idées libérales, malgré le fait que le clergé condamnait la diffusion de ce genre d’idées. Par la suite en 1871, Laurier remporta un siège comme député libéral avant d’accéder au poste de chef du parti libéral en 1887.
Pendant la campagne électoral de 1891, les libéraux perdent contre les conservateurs; en effet, l’idéologie libérale inspirée des États-Unis, a été perçu d’un mauvais oeil par les Canadiens: un plus grand pouvoir accordé aux provinces et un gouvernement moins impliqué dans les affaires de la population étaient des concepts encore trop étrangers pour les Canadiens. Mais aux élections de 1896, la tendance se renversa; en effet le 23 Juin 1896, les libéraux remportèrent le plus grand nombre de députés à la Chambre des Communes au détriment des conservateurs. Wilfrid Laurier devient alors le premier Canadien français à devenir Premier Ministre. C’est un moment très important dans la politique canadienne parce que c’est la première fois que les libéraux remportent le pouvoir après dix-huit ans de domination du parti Conservateur.
À la même période, la question brûlante des droits scolaires de la minorité catholique Manitobaine fit surface. La population Canadienne-Française pensait avoir le soutient de Sir Wilfrid Laurier qui était supposément censé supporter le système d’écoles séparées mais à la grande surprise de plusieurs, il se concentra surtout sur la mise en place de l’unité nationale. L’accord Laurier-Greenway, accord entre le premier ministre Laurier et le premier ministre du Manitoba Thomas Greenway, vient redéfinir certains termes du Official Language Act (1889) qui instituait le Manitoba comme une province anglophone (Leclerc). Le premier ministre Manitobain, Thomas Greenway avait en Mars 1890 abolit les subventions pour les écoles catholiques de la province (Hall). Ce dernier acte provoqua un fort mécontement de la part des francophones catholiques. À travers l’accord Laurier-Greenway, le premier ministre Laurier tente d’établir des compromis pour satisfaire les deux parties: les Canadiens-Francais catholiques et les Anglais protestants et d’installer une distinction entre la religion et la langue. L’article 2.10 de cet accord permettait l’instruction de cours dans une langue autre que l’anglais cela pendant 30 mins, dans les écoles bilingues où 10 enfants ou plus parlent cette langue dans les zones rurales et 25 enfants et plus dans les zones urbaines (Leclerc).
Laurier maintint la confiance du parti libéral et de la Chambre des Communes car ses priorités étaient le développement du pays et l’adoption d’une politique qui mettait en avant l’unité nationale. Sa volonté était de renforcer le sentiment d’unité nationale dans le coeur des Canadiens. Laurier avait une vision du Canada qui peut être résumée à ses mots que lui même prononça: “Le Canada a une histoire modeste jusqu’à maintenant, mais celle-ci n’en est, d’après moi, qu’à ses balbutiements. Elle débute dans le siècle présent. Le XIXe siècle a été celui des États-Unis. Je pense que nous pouvons affirmer que c’est le Canada qui envahira le XXe siècle.” (Laurier)
Son gouvernement a soutenu l’industrie dans l’Est du pays et la colonisation des terres agricoles. Wilfrid Laurier a mis en place des réglementations qui facilitaient l’immigration vers l’Ouest, ce qui entre autres facteurs, a mené à la création des provinces de l’Alberta et la Saskatchewan en 1905. Cette politique était une continuation de la Politique Nationale de Sir John A. Macdonald, mais avec encore plus de succès. La migration des populations vers l’Ouest et par conséquent l’augmentation de cette dernière dans la région à permis l’ouverture de nouveaux marchés et donc la croissance de l’économie Canadienne.
Au cours de son second mandat, une décision majeure que Laurier prit fut la construction en 1903 d’un second chemin de fer. Sa politique d’extension vers l’Ouest se poursuivit avec la décision de construire une troisième chemin de fer par la Canadian Northern Railway (CNR) ce qui marqua les caisses canadiennes d’une lourde dette.
En mettant les intérêts du Canada avant ceux de la Grande-Bretagne, Laurier a renforcé l’esprit national des Canadiens. Ceci a aussi permis la progression de sa vision d’autonomie du Canada par rapport à la Grande-Bretagne. Sous le pouvoir de Laurier le Canada a connu une croissance et une prospérité sans précédent. Laurier avait une personnalité attachante et charismatique ce qui constituait une des raisons pour lesquelles il resta au pouvoir pendant 15 ans.
